Une autre cible pour vivre sa rage

Une autre cible pour vivre sa rage
Tuesday 14 March 2006

Madame Miller,
Après avoir terminé mon courriel, je suis retournée sur votre site et j’ai relu votre texte sur la culpabilité et je pense que mon allusion aux méfaits de l’Eglise catholique, voilent peut-être chez moi, le déni et permet de rectifier mon tir en direction de cette institution et non mes parents.
Pourtant, la saveur qui me reste de mon enfance, c’est celle d’une mort lente, suite à un ou des moments de terreur intense que je n’arrive pas à situer ni dans le temps ni dans l’espace; probablement le sentiment d’avoir été abandonnée par mes parents qui ne voyaient pas en moi l’enfant désiré en raison de mon sexe, peut-être aussi de mon apparence physique – on m’a surnommée la Coréenne, cheveux raides et noirs plantés à la mode iroquoise, i.e. une espèce de pointe vers le front; ca ne devait pas être au go?t de cette mère, jolie, qui ne voyait pas sa propre beauté parce que dépassée par celle de sa soeur, vraiment très belle.
Je n’ai jamais eu l’opportunité d’évoquer ces faits – mon apparence, le regard inexistant de ma mère. Je suis certaine de n’avoir jamais eu la moindre attention. D’ailleurs on m’a dit plutard, qu’il suffisait de mettre un biberon dans mon lit de bébé ou une banane pour qu’ils aient la paix…
Pourquoi ne peut-on pas parler de ces moments avec quiconque; en fait je connais la réponse; parce que évoque chez autrui, le même malaise diffus.
Dans vos livres, vous suggérez de participer à des forum sur l’enfance, mais jusqu’à ce jour, je n’ai pas trouvé ce qu’il me faut.
Je sais que vous ne souhaitez pas diriger vos interlocuteurs. Le problème demeure.
Merci encore.
J. F.

Réponse de Brigitte.
Vous avez absolument raison on peut facilement cacher la vérité de son enfance en trouvant un exutoire dans des institutions quelles qu’elles soient pour maintenir le déni et pour exprimer toute la révolte que notre corps a emmagasinée.
Il est moins douloureux de “s’en prendre” aux autres qu’aux parents, nous avons tellement appris que leurs mauvais traitements étaient normaux et bienfaisants que nous nous sommes énormément investis pour les idéaliser, pour les aimer malgré tout. Il est d’autant plus difficile après ?a de les remettre en question.
Vous avez déjà commencé à lever le voile du déni, votre témoignage est bouleversant de sincérité, nous pensons peut-être à un forum dans les prochains mois pour des personnes qui comme vous, auraient envie de témoigner des vérités et des souffrances de son enfance. Cordialement Brigitte