Supporter encore et encore

Supporter encore et encore
Sunday 25 February 2007

Madame,

Je vous remercie pour votre réponse. Lorsque mes enfants étaient petits, je me rendais bien compte que je n’étais pas juste, ni bonne avec eux, mais je ne réussissais pas à changer de comportement malgré les promesses que je me faisaient, car à chaque “crise” de violence je ne contr?lais plus mes émotions. Je me sentais après plus nulle et plus détestable encore. Alors j’éprouvais le besoin de m’auto-punir en redoublant de présence et de soins, me privant volontairement de liberté et d’échanges avec les autres, nettoyant la maison, préparant de bons petits plats, étant aux aguets de la moindre manifestation de problème de santé de mes enfants. Je lisais aussi beaucoup de livres sur la nourriture biologique, l’iridologie, l’éducation des enfants, ce qui est bien, ce qui est à proscrire etc… Je cherchais des réponses pour devenir meilleure mais cela ne marchait pas. J’entretenais un cercle vicieux car je ne pouvais que craquer à nouveau quand la tension était trop forte puisque je ne faisais pas le lien avec le vécu de mon enfance. Je me détestais. C’est cette même haine de moi qui m’a conduite droit dans une secte menée par une femme gourou qui avait eu la même enfance que moi (selon elle) mais qui dirigeait sa violence vers les adeptes. Elle avait fait de la maltraitance de son enfance son gagne pain car ses “séminaires de développement personnel” étaient payants. Elle maniait habilement la carotte et le baton avec moi (et les autres), tant?t me portant aux nues, tant?t me rabaissant plus bas que terre, disant que toutes mes souffrances dans la secte “libèreraient mes enfants” et que si je “lachais mainteant c’est que je ne voulais pas guérir”. Je n’ai pas vu que cette femme allait encore plus mal que moi. Je ne connaissais que ce que mes parents m’avaient appris de moi, c’est à dire que j’étais une personne indigne d’amour.C’est pourquoi je tachais de “tenir bon co?te que co?te”. Heureusement j’ai pu en sortir physiquement mais surtout psychologiquement. Maintenant et grace à la lecture des livres d’Alice Miller, je sais que ce que je croyais de moi n’est pas vrai et que j’ai droit à l’amour comme tout être vivant sur cette terre. J’ai pris conscience du lien avec mes tristes expériences passées à l’age adulte et les maltraitances subies dans mon enfance (coups de ceinture quotidiens, coups de pieds, claques, insultes, morsures, cris dans les oreilles pour me surprendre et me faire sursauter afin d’amuser mon père, utilisation de ma personne comme femme de ménage ou cuisinière, chantage, privation de liberté, privation d’amour, de compassion, de compréhension et même menaces de mort avec une arme…) et je combat toutes les formes de violence que ce soit vis à vis de moi ou d’autrui. Je sais analyser les situations où les schémas anciens essaient de refaire surface et je refuse toutes manifestations d’irrespect. J’ai parlé à mes parents à plusieurs reprises pour leur faire part de ce passé. Je me suis aussi interposée quand ils s’en sont pris à mes enfants, car ils avaient encore besoin de s’en prendre à plus petit.Cela a été violent. Ils semblaient avoir beaucoup oublié la réalité de ce que nous avions endurés. Je sais que jamais ils ne me demanderont pardon ou reconnaitront la cruauté de leurs actes ou manifesteront des regrets. De toute fa?on pour eux j’ai toujours été moins importante que mes frères (et mes enfants moins importants que les enfants de mes frères) car mon tort a été d’être une fille, ce qui implique que mon ressenti ne compte pas. Dans notre famille un gar?on et mieux considéré. Aujourd’hui, mes parents m’utilisent encore à leur manière (démarches administratives, écoute de leurs problèmes, incapacité de me demander comment je vais…) et j’accepte en toute connaissance de cause car ils sont vieux et malades. La différence de considération entre moi et mes frères est toujours là . Avec moi mes parents sont plus “eux-mêmes”, surtout mon père. Il est d’humeur extrêment changeante et s’il n’a pas envie de parler, il ne fera aucun effort avec moi, même si cela fait longtemps que nous nous sommes pas vus. De plus il ne se gêne pas en ma présence, de traiter ma mère avec irrespect. Devant mes frères il ne le fait pas mais peut-être car il les craint du fait qu’ils sont maintenant des hommes et qu’ils ne laisseront pas passer son attitude. Mes parents continuent également avec moi, leur schéma passé qui est de me rendre témoin de leurs difficultés de couple comme lorsque j’étais enfant, tous les deux enfermés, depuis leur rencontre, dans une relation perverse. Cependant j’arrive à m’exprimer facilement face à eux et cela surtout depuis que je me suis permise de les tutoyer (car mon père a toujours exigé que nous nous adressions à lui et à ma mère par le vouvoiement qui leur conférait une marque de respect par leurs enfants et ce malgré le grand étonnement de l’entourage) . Ce tutoiement que j’exerce a ramené mes parents à mon niveau et a annulé cette “frontière” relationnelle qui existait entre eux et moi. La parole est plus libre. Récemment aussi, je me suis aper?ue que la “pilule pour les nerfs et pour l’estomac”, que mon père prenait depuis 30 ans, était en fait des neuroleptiques que le médecin de famille lui avait prescrit mais sans lui dire exactement de quoi il s’agissait. Ce médecin voulait toujours que mon père aille voir un psychiatre, car il se rendait bien compte de son comportement anormal, mais mon père n’a jamais voulu car il disait “qu’il n’était pas fou”. Cela m’a beaucoup perturbé de faire cette découverte. J’ai pensé que peut-être, grace à ces médicaments, le pire a pu être évité pour nous (mais je dis bien “peut-être”…). Voilà. J’aurai encore beaucoup de choses à dire mais je ne veux pas monopoliser. J’espère trouver le thérapeute tel que vous le décrivez dans votre liste FAQ. Merci pour votre dévouement à l’enfance maltraitée. Je voulais aussi rajouter que j’ai demandé pardon à mes enfants. J’espère qu’ils se libèreront plus facilement que moi des conséquences de mes actes et de celles de leur père. Je regrette ce que je leur ai fait subir. Je suis coupable mais malheureusement pas responsable.

Réponse de Brigitte:
Vous dites que vos parents vous rendent témoin de leur relation perverse dans leur couple, oui quand effectivement vous étiez enfant et que vous n’aviez pas le choix que d’y assister, mais aujourd’hui en tant qu’adulte vous n’êtes plus obligée de vous imposer tout cet abus de pouvoir qu’ils exercent encore sur vous.
Vous pensez que le tutoiement avec vos parents a annulé la “frontière” relationnelle qui existait entre vous et eux, pensez-vous vraiment que vous puissiez parler de relation avec des personnes qui n’ont de cesse que de vous faire mal ? Vous pouvez renoncer aux coups de baton qu’ils vous donnent pour prendre vraiment soin de vous, parce qu’en supportant cela il n’est pas possible de comprendre vraiment la souffrance de vos enfants si vous niez la votre.
Vous avez eu un grand courage pour sortir de la dépendance d’une secte, il ne tient qu’à vous de ne pas rentrer dans une autre. BO