S’aider sans thérapeute

S’aider sans thérapeute
Saturday 01 November 2008

Chère Alice, Chère Brigitte,

Comme beaucoup de vos lecteurs, j’ai eu une enfance qui ne me para?t pas exceptionnellement brimée mais pourtant je suis déprimée depuis l’enfance, j’ai régulièrement envie d’en finir, je mange trop et je grossis, ma vie ne me convient pas mais je n’ai pas le courage de changer, tout me para?t bloqué.
J’ai suivi de nombreuses thérapie depuis l’age de 17 ans mais j’en suis toujours au même point, qu’est-ce qui a pu provoquer une telle détresse?
Par exemple, j’ai eu des difficultés pour apprendre à lire alors mon père qui était instituteur me faisait lire tous les soirs après l’école, et je le sentais derrière moi énervé, j’avais peur qu’il me tape, j’étais complètement paralysée aucun son ne sortait de ma bouche si je n’étais pas à 100% s?re de lire les bons sons. J’ai 44 ans maintenant mais je ressens encore sa présence derrière moi.
D’autre part, aussi loin que je m’en souvienne mais parents m’ont toujours trouvé trop grosse alors toute petite déjà j’entendais “ne mange pas trop tu vas grossir”.
Récemment, je dis à ma mère que ce n’était peut-être pas la peine de stresser les enfants de la sorte. Et je lui ai demandé est-ce que tu penses que sans ce stress aujourd’hui encore je ne saurais pas lire et que sans m’avoir dit sans cesse “ne mange pas tu vas grossir”, aujourd’hui, je serais obèse? Elle m’a répondu oui, alors là c’était terrible, j’ai senti alors qu’elle n’avait aucune confiance en moi, je me suis sentie faible sans aucun pouvoir sur ma vie.
Je comprends que de vivre son enfance dans une telle atmosphère est destructeur mais aucune thérapie ne m’a permis de prendre cet aspect au sérieux et encore maintenant comme au début de ma lettre, je pense automatiquement ” mon enfance n’a pas été si terrible, d’autres ont connu pire..etc”
Je désespère de trouver un thérapeute qui puisse m’accompagner sur ce chemin de la reconnaisse de mon enfance telle que je l’ai ressenti à l’époque.
Pensez-vous qu’il est possible de faire ce chemin seule, d’apprendre à se faire confiance, à croire ce que l’on ressent?
Merci pour tous vos écrits.

Réponse de Brigitte:

“LE PIRE” c’est vous qui le vivez aujourd’hui dans ce surpoids, votre trouble alimentaire et votre envie de mourir et c’est tout à fait compréhensible car personne ne souhaiterait vivre avec une menace de mort derrière son dos depuis des décennies. Vous pouvez demandez à cette petite fille si terrorisée par son père ce qu’elle ressent, laissez là parler, elle vous racontera certainement combien elle était angoissée dans cette famille malveillante. En écrivant à cette petite fille, vous retrouverez pas à pas l’empathie pour sa souffrance qui vous permettra sans doute de prendre soin d’elle comme aucun thérapeute ne pourra le faire. Vous seule aujourd’hui pouvez tendre la main à cette enfant tremblante de peur pour la rassurer, la consoler et prendre soin d’elle comme personne ne l’a jamais fait. Bonne continuation. BO