Le piège de la pitié

Le piège de la pitié
Thursday 07 February 2008

Bonjour,

Je viens de lire avec grand intérêt nombre de vos articles….

Si seulement tout cela était enseigné à l’école !

J’avais lu un de vos livres il y a 7 ans, mais j’étais tellement au fond du gouffre qu’il ne m’a pas servi, d’ailleurs les livres tous seuls ne peuvent suffire à s’en sortir, il y a nécessité d’un regard bienveillant et accompagnant, celui du psy, avec lequel on va pouvoir rejouer le passé grace au transfert, et à l’analyse de celui-ci.

Donc avec mon thérapeute actuel qui a une empathie réelle et une double formation psy + osteopathie, je travaille sur le corps et les émotions, et j’ai énormément progressé (j’ai fait auparavant et sans AUCUN résultat 6 ans de psychanalyse (lacan et Mélanie .Klein) et bien je ne suis jamais allée aussi mal, ma souffrance était toujours niée, (sous le mot ? fantasmes ? qui ne fait que renforcer la culpabilité ), mon corps ignoré, mes émotions coincées pour toujours au fond de ma gorge. Sans parler du vide ressenti en face, encore un reniement….

Avec comme seul horizon le suicide.

J’ai pris conscience de mon corps en allant voir un ostéopathe par hasard, car j’étais évidemment bloquée de partout. Je vivais alors comme un pur esprit, scindé en deux, anesthésiée, pour ne plus souffrir ou le moins possible, et fuyant aussi les autres pour ne pas qu’il découvrent le terrible chagrin qui me minait à l’intérieur…….et qui me faisait constamment jouer un r?le et être dans le faux, étant incapable d’avoir mes propres pensées, et idées, étant toujours dans un schéma soumission/ rébellion…….

Puis j’ai lu ? la symbolique des maladies ? de R.Arnold , ostéopathe également, et là j’ai commencé à véritablement prendre conscience de tout ce que j’avais refoulé et minimisé durant toutes ces sombres années de noire dépression, utilisant ma dernière énergie à la cacher honteusement et m’écroulant dans une fatigue chronique avec insomnie totale.

Heureusement, mon intuition m’a toujours détournée de ce qui n’était pas bon pour moi, comme les médicaments par exemple, la drogue ou l’alcool. Je cherchais la VERITE.

Mais au prix d’1 volonté de fer, et surtout d’1 coupure extrême avec mon Moi profond…

Il me semble que désormais je reconnais la petite fille blessée en moi, je cesse d’être fidèle aux parents, je ne leur dois rien, même pas la haine qui me reliait à eux jusqu’à aujourd’hui.

Je les plains même, car eux aussi ont souffert de carences dictées par la ? bonne ? éducation moralisatrice de la société, cependant quand je leur ai crié ma détresse, ils n’ont pas cillé, et ont nié tout en bloc, me faisant passer pour une folle, une ingrate….à leur place.

C’est très difficile de se voir refoulée de cette manière par des êtres qui soi-disant vous aiment….

Ils ont été absents toute ma vie et du coup j’ai traversé un désert affectif jusqu’à présent avec son cortège de masques (la dépendance affective ; la rigidité, la fuite, le contr?le +++)

Qu’explique si bien Lise Bourbeau dans son livre ? les 5 blessures de l’ame ?.

Cependant je me pose encore 1 question, dois-je bannir pour toujours mes parents , pour des fautes qu’ils n’ont pas commises intentionnellement ? Je les ai déjà rejeté, mais sur le long terme c’est difficile, car malgré tout ils sont ma seule famille, dysfonctionnelle certes, mais ? famille ? quand même.

Je pensais qu’à dose homéopathique, ce serait peut-être possible, mais la rancune chez ma mère est très vive, elle ne me pardonne pas ma lettre de confrontation (envoyée il y a un an et demi) ; quand à mon père il renie ma souffrance en disant que je n’ai subi aucun sévice physique, autant dire qu’avec une telle mentalité j’ai bien du mal à me faire entendre, il est incapable de me comprendre.

Je dois en prendre mon parti.

Et m’éloigner géographiquement aussi, pour échapper à l’emprise de mon père, pour m’en protéger. Ils ont vécu leur vie………

A moi désormais de la vivre (j’ai la trentaine).

Le temps peut-il être un allié ? Car je ne peux plus leur faire comprendre ce qu’ils sont dans l’incapacité de comprendre même si intellectuellement ils sont brillants, ils sont eux aussi coupés de leurs émotions vraies (l’éducation re?ue de leurs propres parents…….)

Merci de votre éclairage et encore bravo pour vos prises de position courageuses, et non conventionnelles. Pas facile d’être prophète en son pays……..
AM: Vous faites de grands progrès pour vous aider mais la culpabilité imposée par vos parents semble vous empêcher d’en profiter. La compréhension pour vos parents et la pitié peuvent être le nouveau piège. On verra si le corps vous fait payer pour cela ou non.

BO: Vos parents vous ont méprisé durant toute votre enfance et maintenant ils nient votre souffrance de ce mépris. Peut être qu’ils ont commis ces “fautes” par ignorance totale mais aujourd’hui ils n’ont aucune excuse pour rester sans coeur devant l’aveu de votre désarroi de petite fille et pour vous condamner encore juste pour leur dire la vérité.